Les amis de Job
Dernière mise à jour : 4 août
« Trois amis de Job apprirent tous les malheurs qui lui étaient arrivés et partirent chacun de son pays : Éliphaz de Témân, Bildad de Chouah et Tsophar de Naama. Ils se concertèrent pour aller le plaindre et le consoler. Ayant de loin levé les yeux sur lui, ils ne le reconnurent pas et se mirent à sangloter. Ils déchirèrent leurs manteaux et jetèrent de la poussière en l’air au-dessus de leur tête. Ils s’assirent avec lui par terre, pendant sept jours et sept nuits, personne ne lui disant une parole, car ils voyaient que sa douleur était fort grande. » Livre de Job 2, 11–13 – NVS78P, la Bible
Ils sont venus.
Quand tout s’est rompu.
Quand le ciel a chu.
Quand le corps n’était plus
qu’un reste,
qu’un rebut.
Ils sont venus sans solution.
Ils sont venus sans leçon.
Ils sont venus.
Ils l’ont vu.
Ou plutôt…
ils ne l’ont pas reconnu.
Le visage mangé par la nuit,
le corps assis dans la cendre,
le juste devenu méconnaissable,
fragile,
friable.
Alors ils se sont assis.
Ici.
Par terre.
Pas au-dessus.
Pas derrière.
Ici.
Même poussière.
Même hauteur.
Même silence.
Même peur.
Ils ont pleuré.
Sans corriger.
Sans expliquer.
Ils ont pleuré parce que parfois,
pleurer,
c’est déjà aimer.
Sept jours.
Sept nuits.
Sept jours sans bruit.
Sept nuits sans fuite.
Sept jours pour se taire.
Sept nuits pour tenir.
Et ce silence
n’était pas vide.
Il était plein de sens.
Il était solide.
Ils sont venus.
Ils se sont tus.
Ils sont restés.
Puis Job a parlé.
Il a maudit le jour.
Pas l’amour.
Pas Dieu.
Jamais Dieu.
Il a crié vers Dieu,
pas contre Dieu.
Il a essayé de tenir le fil
quand tout voulait le rompre.
Il a dit :
On reçoit le bien,
on reçoit la lumière,
pourquoi refuser l’ombre,
pourquoi refuser l’hiver ?
Pas par défaite.
Par confiance droite.
Et pendant ce temps-là,
Dieu regardait.
Dieu savait
ce qu’il faisait.
Dieu savait
à qui il parlait.
Il avait permis l’épreuve,
oui.
Mais il avait posé la limite.
Sa vie.
L’être de Job : intact.
Le lien : intact.
Dieu aimait Job.
Aimait cette foi
qui doute sans fuir.
Aimait cette crainte
qui ne joue pas à paraître.
Aimait ce lien
qui plie mais ne casse pas.
Les amis, eux,
ont parlé.
Ils ont voulu cadrer.
Expliquer.
Ranger la douleur
dans des cases bien carrées.
Ils ont parlé sur Job.
Ils ont parlé sur Dieu.
Ils ont cru savoir mieux
que ce qui se jouait sous leurs yeux.
Ils ont parlé trop.
Trop vite.
Trop sûrs.
Ils ont perdu la musique
du silence du début.
Ils se sont trompés sur Job.
Ils se sont trompés sur Dieu.
Dans leurs fragilités,
ils n’ont pas pu accueillir
l’œuvre solide que Dieu était en train de bâtir.
Ils sont venus.
Ils se sont tus.
Ils sont restés.
Mais ils sont restés.
Quand ça frotte.
Quand ça heurte.
Quand aimer
devient inconfortable.
Ils sont restés.
Et Dieu les a repris.
Pas pour les briser.
Pour les replacer.
Ils ont offert un sacrifice.
Et Job a prié pour eux.
Encore.
Parce que Job sait
que l’amour n’est pas parfait.
Que l’amitié peut blesser
sans cesser d’aimer.
Et c’est peut-être ça,
la vraie fidélité.
Pas d’avoir toujours raison.
Mais de rester en relation
quand tout vacille,
quand tout crie : « fuis ».
Les amis de Job
ne sont pas des héros.
Mais leur premier geste
était beau.
Ils ont traversé la distance.
Ils ont partagé la poussière.
Ils ont respecté le silence.
Ils sont venus.
Ils se sont tus.
Ils sont restés.
L’amitié,
c’est parfois se tromper,
mais choisir de rester
quand on aurait pu s’en aller.
C’est venir sans garantir.
Se taire sans disparaître.
C’est accepter
que Dieu œuvre différemment
que ce qu’on avait prévu avant.
Et sous le regard de notre Dieu,
les erreurs humaines au milieu
ne viennent pas casser le lien,
Amour les transforme pour notre bien.
Alors oui,
l’amitié,
c’est se tromper parfois.
Mais c’est surtout
venir,
se taire,
rester,
sous le regard de Dieu.
Ils sont venus.
Ils se sont tus.
Ils sont restés.

Magnifique texte